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L’IA s’invite dans les TPE et PME : un essor récent mais rapide

En quelques années, le numérique s’est imposé comme une évidence pour les TPE et PME françaises, devenant un pilier central de leur organisation, de leur gestion et de leur développement. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle s’invite dans leur quotidien.Un baromètre de la transformation numérique des TPE et PME montre que l’IA se diffuse à travers des usages pragmatiques, souvent expérimentaux, mais en progression rapide. Pour autant, elle ne remplace pas la décision humaine. Certaines entreprises restent, toutefois, en retrait, faute de compétences, de temps ou de visibilité sur les bénéfices et se montrent méfiantes, en raison de l’augmentation des risques en matière de cybersécurité.

Méthodologie

Depuis 2018, les TPE-PME peuvent être accompagnées par France Num, initiative gouvernementale pour la transformation numérique des TPE-PME, coordonnée par la Direction générale des entreprises (DGE). Celle-ci a confié au Crédoc le Baromètre de la transformation numérique des TPE et PME.

En 2025, 11 021 entreprises (hors microentreprises) ont répondu au questionnaire, en ligne (10 219 réponses) ou par téléphone (802 réponses) : 3 043 PME et 7 978 TPE, dont 1 027 sans salarié. Le recueil des données a eu lieu du 26 mars au 18 avril 2025.

Afin que l’échantillon soit représentatif des TPE et PME françaises, le redressement des données s’est effectué selon trois critères : la taille (6 tranches de taille), le secteur d’activité (12 secteurs) et la région (13 régions de France métropolitaine).

Par ailleurs, 32 entreprises ont été interrogées en 2025 via des entretiens semi-directifs pour mieux comprendre la manière dont elles vivent leur transformation numérique.

Remarque

L’entretien semi-directif est une technique d’enquête permettant d’orienter en partie le discours des personnes interrogées autour de différents thèmes définis au préalable par la DGE France Num et validés par le Crédoc.

Les résultats de la 5e édition montrent un effet de transformation du fonctionnement, des gains d’efficacité et de nouveaux défis à relever.

Portée par des besoins très concrets (gain de temps, simplification des tâches, optimisation des coûts), l’IA se diffuse à travers des usages pragmatiques, souvent expérimentaux, mais en progression rapide. Assistants conversationnels, génération de contenus, automatisation de certaines tâches : ces outils transforment progressivement les pratiques professionnelles, sans pour autant remplacer la décision humaine.

De 2023 à 2025, un recours à l’IA multiplié par cinq

Longtemps associée aux géants du numérique, l'IA est désormais utilisée par un nombre croissant de TPE et de PME. En 2023, seules 5 % des TPE-PME déclaraient utiliser des outils d’IA à des fins professionnelles ; elles sont 26 % en 2025.

À l’échelle européenne, la France s’inscrit dans une dynamique comparable. Selon Eurostat, 19 % des entreprises européennes de 10 à 249 salariés utilisent des solutions d’intelligence artificielle en 2025 (hors agriculture, sylviculture, pêche, industries extractives et finances). L’arrivée d’outils intégrant directement des fonctions d’IA (souvent via des abonnements mensuels) a fortement abaissé les barrières à l’entrée. Bon nombre d’entreprises utilisent l’IA sans même la nommer, à travers des logiciels déjà en place.

Les usages sont particulièrement développés dans les secteurs des technologies de l’information et de la communication/TIC (56 %), des services spécialisés et techniques (41 %) ou des activités financières (30 %). À l’inverse, ils restent très limités dans l’agriculture (9 %), le transport et la logistique, le bâtiment et la construction et les industries agroalimentaires (15 % chacun).

La taille de l’entreprise joue également un rôle important. Le recours à l’IA passe de 23 % dans les entreprises de 1 à 4 salariés à 42 % dans celles de 50 à 249 salariés. Les écarts générationnels et sociaux sont également marqués : les dirigeants les plus jeunes et les plus diplômés l’utilisent plus souvent.

Des usages principalement centrés sur l’IA générative

L’usage de l’IA est surtout tiré par les solutions d’IA générative pour produire du texte et de l’image, ainsi que par le recours aux assistants conversationnels (chatbots). Pour les TPE et PME, l’IA est une réponse pragmatique à des contraintes bien réelles : manque de temps, effectifs réduits, pression concurrentielle, attentes accrues des clients.

Les usages suivent souvent une trajectoire progressive : découverte individuelle, phase d’expérimentation, besoin de formation, formalisation de règles internes (charte d’usages), puis intégration dans les outils métiers.

Une dirigeante d’une TPE de 9 salariés dans le secteur des services à la personne a, ainsi, utilisé l'IA pour réaliser une cartographie des compétences RH et effectuer des comptes rendus détaillés de réunions et des synthèses d’ateliers. Elle note, en revanche, que l’IA agit comme un assistant : elle propose, reformule, synthétise, mais la validation finale reste humaine, notamment pour les contenus produits ou les décisions importantes.

Dans le commerce, une autre dirigeante souligne les gains de temps permis par les outils gratuits d’IA générative : ils aident, en effet, à créer une macro sous Excel, rédiger une offre d’emploi ou s’informer sur un changement réglementaire. Néanmoins, les sources ne sont pas toujours fiables et il faut rester prudent avec les données sensibles.

Dans les secteurs les plus numérisés, l’intégration est parfois plus avancée. Un cofondateur d’une PME du secteur numérique explique, ainsi, que l’IA est utilisée depuis plus d’un an pour la gestion de contrats, les résumés, le soutien artistique ou l’analyse de scénarios.

Les manques de temps et de compétences constituent les principaux freins

De nombreux dirigeants déclarent manquer de temps ou de connaissances pour comprendre les outils disponibles, former leurs équipes ou identifier les usages pertinents pour leur activité. En outre, les interrogations sur la fiabilité des contenus produits les incitent fortement à la prudence.

Les enjeux de confidentialité et de sécurité des données apparaissent particulièrement sensibles. Plusieurs dirigeants expriment des réserves concernant l’utilisation d’informations sur les clients ou de données stratégiques dans des outils d’IA générative dont ils maîtrisent mal les conditions d’utilisation.

Le cadre réglementaire représente également une difficulté. Les questions liées à la protection des données, aux droits d’auteur ou à la responsabilité juridique sont souvent perçues comme complexes et évolutives.

Enfin, certaines TPE-PME ne voient pas de pertinence à intégrer l’IA dans leur activité, souvent parce que leur métier repose sur un savoir-faire artisanal, manuel ou très spécifique.

Une transformation numérique désormais consolidée...

L’essor de l’IA s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation numérique des TPE et PME. Depuis la crise sanitaire, le numérique est devenu un levier du fonctionnement de ces entreprises. En 2025, près de huit dirigeants sur dix considèrent qu’il représente un bénéfice réel pour leur entreprise, un niveau stable depuis 2021. Le numérique n’est plus un pari ou une hypothèse, mais un bénéfice « installé » dans l’esprit des dirigeants des TPE/PME.

La visibilité en ligne des entreprises s’est généralisée, notamment à travers les sites Internet et les réseaux sociaux. La progression la plus forte s’est produite au moment de la crise du Covid, la part de TPE-PME ayant un site Internet présentant leur activité bondissant de 37 % en 2020 à 66 % en 2021. Un niveau stable depuis, signe d’une intégration pérenne de ces outils dans les stratégies commerciales.

Les usages numériques se sont également approfondis et diversifiés. Au-delà de la bureautique, les entreprises se sont progressivement équipées de solutions de gestion, de pilotage et de collaboration (comptabilité, gestion des stocks, logistique, outils collaboratifs). Cette évolution traduit le passage d’un numérique d’équipement à un numérique pleinement intégré dans les processus opérationnels. Parallèlement, les compétences numériques internes progressent. Les dirigeants et les salariés apparaissent davantage capables de tester de nouveaux outils, d’adapter leurs pratiques et d’expérimenter des solutions innovantes. Cette montée en compétences favorise aujourd’hui l’émergence des usages liés à l'IA.

... mais une crainte du piratage qui persiste

La peur du piratage concerne plus d’un dirigeant sur deux. Cette inquiétude s’appuie de plus en plus sur des expériences concrètes : 36 % des entreprises indiquent avoir déjà subi un incident de cybersécurité, qu’il s’agisse de phishing, de logiciels malveillants ou de tentatives de rançonnage.

En réponse, les entreprises ont renforcé leurs dispositifs de protection. En 2025, huit entreprises sur dix déclarent disposer d’au moins une solution de cybersécurité : antivirus, sauvegarde externalisée, authentification renforcée ou hébergement sécurisé.

La période 2020–2025 peut, ainsi, se lire comme une course entre l’augmentation des risques (multiplication des attaques, extension des surfaces d’exposition) et un renforcement des dispositifs de protection. La formation et la sensibilisation à la cybersécurité, en revanche, restent en retrait par rapport à l’équipement technique : parmi les entreprises disposant d’au moins une solution de cybersécurité, la formation/sensibilisation arrive en 5e position après l’adoption de solutions techniques (antivirus, sauvegarde de données à l’extérieur…).

Un dirigeant souligne que la sécurité numérique évolue toujours car le piratage évolue lui aussi. Ils ont donc toujours des besoins supplémentaires, et le budget numérique augmente chaque année.

Un risque de décrochage numérique dans certains secteurs

Les structures les plus avancées continuent de progresser et d’intégrer de nouveaux outils, dont l’IA, tandis que d’autres restent en retrait, voire en difficulté. Cette fracture numérique est particulièrement marquée parmi les plus petites entreprises et dans certains secteurs (agriculture, BTP), où les contraintes économiques et organisationnelles freinent l’adoption et peuvent conduire à un décrochage numérique.

En 2021 comme en 2025, la diffusion de ces outils est fortement corrélée à la taille et au secteur. Les PME de 50 à 249 salariés apparaissent systématiquement comme les plus équipées, les TPE restent plutôt en retrait, en particulier pour la gestion de la production ou des flux logistiques. Certains secteurs sont en avance. L’industrie et la fabrication artisanale, le commerce, le secteur numérique et les activités financières figurent souvent parmi les plus équipés, alors que l’agriculture, l’hôtellerie et la restauration restent moins dotées en solutions sophistiquées (production, interfaçage, solutions transverses).

Dans ce contexte, le développement de l’IA ouvre des perspectives d’usages diversifiés pour les TPE-PME dans les années à venir. Au-delà des premières applications déjà observées, ces technologies pourraient progressivement investir de nombreux domaines, tels que l’automatisation des tâches administratives, l’amélioration de la relation client, l’aide à la décision, la gestion des flux ou encore l’optimisation de la production.

L’enjeu pour les entreprises ne sera probablement plus de « faire de l’IA », mais plutôt de savoir utiliser efficacement des outils qui intégreront progressivement des fonctionnalités d’IA de manière invisible. Cette diffusion dépendra, toutefois, de plusieurs conditions : l’accompagnement des dirigeants, le développement des compétences (dont, notamment, la capacité de gestion des données de l’entreprise), la clarification du cadre réglementaire et la capacité des entreprises à instaurer un climat de confiance autour des usages numériques.

Crédoc, Baromètre de la transformation numérique des TPE et PME, 5e édition, mai 2026